Librairies du monde 3


Bart’s Books (Ojai, Californie). Photo John Platt.


Brattle Bookshop (Boston). Photo Paco Seoane.


Photo Yeksitra.


Installée dans une cabine téléphonique désaffectée, la plus petite librairie d’occasion du monde
(Krimmensen, Allemagne). Photo Photoelectrique.


Mardi 2 février 2010 | Le monde du livre | 2 commentaires


Dimanche en jazz 2

Roulez, tambours. C’est aujourd’hui que l’ami Tatum lance le grand feuilleton illustré que nous attendions avec impatience, Le jazz que nous préférons.
Une trentaine de personnes dont ma pomme ont été invités à concocter la liste de leurs vingt-cinq albums de jazz préférés. Point de palmarès des meilleurs disques de l’histoire du jazz — pour cela les ressources livresques ou en ligne abondent — mais l’exploration du jardin secret de chacun, promesse de belles et nombreuses découvertes. Ça démarre bien : dans la liste de Tony Verstraete qui ouvre le bal, six disques que j’avais pressentis pour la mienne et qui n’y auront finalement pas trouvé place (avec un gros regret pour Warne Marsh), et huit autres inconnus de moi que je vais m’empresser d’emprunter à la Médiathèque — bonheur et pied !

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FMR sort des oubliettes les enregistrements d’un trio pionnier de la scène free anglaise, Red Square. Entre 1972 et 1978, Jon Seagroatt (clarinette basse amplifiée et saxophone soprano), Ian Staples (guitare électrique et violon) et Roger Telford (batterie) pratiquèrent une musique galvanisante, à cheval sur le free, l’avant-rock, le noise et la musique expérimentale. Selon le communiqué de FMR (pdf ici), leur rapport pugnace au public — anticipant de quelques années l’arrivée du punk — et leur entêtement à se produire dans des salles inappropriées (clubs de folk et bars de pub-rock) les obligèrent plus d’une fois à vider les lieux en catastrophe par la porte de derrière pour ne pas se faire écharper. Le groupe s’est récemment reformé et l’on peut ouïr quelques morceaux épatants sur sa page MySpace, ou les télécharger ici.


Dimanche 31 janvier 2010 | Dans les oneilles | Aucun commentaire


Ce qu’ils lisent

Dans le train Liège-Bruxelles
- Une brune dans la vingtaine lit L’accro du shopping dit oui de Sophie Kinsella.
- Un peu plus loin, un jeune couple en vis-à-vis. Elle ouvre un roman d’Arthur C. Clarke dans une vieille édition de poche fatiguée, lui potasse The Elements of Statistical Learning: Data Mining, Inference, and Prediction de Hastie, Tibshirani et Friedman.
- Un jeune homme en noir lit Pierre Mulele ou la seconde vie de Patrice Lumumba de Ludo Martens en remplissant un cahier de notes.

Bruxelles
- Métro Gare centrale, une femme arpente le quai en lisant Enfant 44 de Tom Rob Smith.

- Dans le métro, direction Hermann-Debroux, une femme debout lit le Livre de Dina, tome 1, de Herbjorg Wassmo (10/18). Une autre assise commence The Mysterious Affair at Styles d’Agatha Christie dans l’édition de poche Harper, en examinant longuement la quatrième de couverture, puis la liste des œuvres du même auteur.


Samedi 30 janvier 2010 | Ce qu'ils lisent | 1 commentaire


Ce qu’ils lisent

27 janvier
Dans le train Liège-Bruxelles
- Bertrand Morane classait les femmes en grandes tiges et en petites pommes. La grande tige est une dame en noir, aux yeux sombres et cernés, à la chevelure en bataille. Elle annote de la prose administrative, puis se plonge dans Kafka on the Shore de Murakami. Sur la banquette d’en face, voici la petite pomme, cheveux châtain, pull gris clair et jeans, lisant Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee.
- Derrière moi, une jeune femme aux cheveux longs et fins, foulard violet noué sur un chandail vert, s’est endormie sur les Grandes Affaires criminelles en Belgique.
- On dénombre encore une lectrice du Saut de l’ange de Frances Fyfield.
Bruxelles
- Gare centrale, un ado longiligne coiffé d’un bonnet rayé marche à grandes enjambées vers le métro en dévorant un volume du cycle la Rédemption d’Althalus de David et Leigh Eddings.
- Dans le métro, en direction d’Hermann-Debroux, un autre lecteur de fantasy. C’est un trentenaire trapu, le nez dans le premier tome des Chevaliers d’émeraude d’Anne Robillard, Feu dans le ciel. Assise un peu plus loin, une dame commence un nouveau chapitre de De soie et de sang de Qiu Xiaolong, tandis qu’un homme s’absorbe dans l’Éveil de votre puissance intérieure d’Anthony Robbins. Il y a deux autres lectrices dans le wagon – ah, et encore un lecteur là-bas, ce qui fait six personnes en tout. C’est un record pour Bruxelles.
- Retour Gare centrale en milieu d’après-midi. Sur le quai n° 3, un homme maigre à grands favoris attend debout son train en soulignant au feutre bleu des passages d’un ouvrage de Frank Visser sur Ken Wilber, dont le titre complet m’échappe.
Dans le train Bruxelles-Liège
- Une dame blonde lit un thriller d’Olivier Descosse, le Pacte rouge.


Vendredi 29 janvier 2010 | Ce qu'ils lisent | Aucun commentaire


Génériques

  
  
  
  
  
  
  
  

Je me demande parfois si, plutôt que dans les livres, l’origine de ma typomanie n’est pas à chercher dans les génériques de certaines séries de mon enfance, qui faisaient du texte un usage graphiquement inventif et dynamique (conjointement avec l’emploi de couleurs très pop et d’une musique jazzy, pour lesquelles m’est restée une faiblesse coupable). Dans le cas de The Name of the Game, le seul souvenir que j’ai gardé de l’émission est d’ailleurs son générique — peut-être le plus beau de tous, avec ces noms d’acteurs qui se démultiplient pour former leurs visages. En l’occurrence, le procédé n’a rien de gratuit puisque les trois protagonistes de la série travaillent dans la presse et que le mouvement du texte évoque tour à tour le défilement d’un télex et les colonnes d’un journal.

  
  
  

Idem pour le générique de Jason King, dont les titres semblent dactylographiés sous nos yeux par le héros, auteur à succès de romans policiers de gare, qui puise l’inspiration dans les enquêtes qu’il mène en playboy dilettante. On notera aussi que, de même que dans les génériques de Department S et de UFO, la machine à écrire (ou le télex) se confirme comme un objet éminemment cinégénique.

  

On peut zyeuter tout cela sur le ramasse-miettes de Locus Solus, qui tiendra lieu dorénavant d’annexe de visionnage.

The Name of the Game | Jason King | Department S | UFO

  
  
3 x Department S et 1 x The Mary Tyler Moore Show


Mercredi 27 janvier 2010 | Dans les mirettes | 1 commentaire


Shakespeare à Downing Street

Shakespeare est le coscénariste secret de la plupart des fictions télévisées sur le pouvoir et ses manipulations. On le vérifie avec House of Cards (1990-1995), mini-série anglaise en trois volets racontant l’irrésistible ascension, l’apogée et le déclin du machiavélique Francis Urquhart, prêt absolument à tout pour accéder à la fonction de Premier ministre et s’y maintenir.

La série débute immédiatement après la fin du règne de Margaret Thatcher. Urquhart occupe alors la fonction de Chief Whip du Parti conservateur. À la fois soumis à la discipline de parti et chargé de la faire respecter, ce faux modeste s’acquitte de sa tâche en maniant expertement la carotte et le bâton. Au lendemain de nouvelles élections, mortifié de se voir refuser le portefeuille de ministre qu’on lui avait promis, il va lâcher la bonde à son ambition et frayer son chemin jusqu’au poste de PM en multipliant les basses manœuvres, les chantages et les manipulations, les fuites organisées dans la presse et les coups de poignard dans le dos. Le tout avec une appréciation exacte des rapports de force et du moment juste où il faut avancer ses pions. Urquhart triomphe non seulement parce qu’il est sans scrupules, mais parce qu’il est en compétition avec des incapables.

Michael Dobbs, dont la série adapte la trilogie romanesque, fut lui-même une pointure du Parti conservateur et un proche conseiller de Thatcher — ce qui ne l’empêche nullement de taper sur son camp avec une joie féroce, tout autant que sur les travaillistes. On sent là derrière une expérience de première main qui donne une grande crédibilité à la description des rouages internes du système, des conciliabules d’antichambre, des rapports entre pouvoir et médias.

Les Anglais sont très forts à ce jeu, et House of Cards prend place dans une famille nombreuse où l’on compte A Very British Coup, The Deal, ou encore, sur le versant comique, la savoureuse sitcom Yes, Minister. Mais en raison de la réjouissante noirceur du ton, du cynisme absolu du protagoniste et d’une parenté de procédé narratif, on songe aussi à l’excellente série américaine Profit, c’est-à-dire — nous y voilà — à Shakespeare. Comme Jim Profit, Francis Urquhart brise en effet régulièrement le « quatrième mur » en s’adressant directement à la caméra, c’est-à-dire au spectateur dont il fait son confident et — plus retors — son complice, sur le modèle des apartés au public de Richard III — inspiration avouée des deux séries. À l’instar d’ailleurs de Richard III, la stratégie d’Urquhart consiste à démentir toute ambition personnelle pour mieux intriguer en coulisses afin d’éliminer l’un après l’autre ses adversaires. On le verra également nouer, avec la bénédiction d’une épouse très Lady Macbeth, une relation profondément ambiguë, de caractère incestueux, avec une jeune journaliste devenue sa taupe et son relais dans le monde de la presse.

La théâtralité du procédé se fond en souplesse dans un filmage classique et soigné — la qualité anglaise BBC à son meilleur. Elle s’appuie sur un dialogue au rasoir et un casting de première classe, dominé par la prodigieuse interprétation d’Ian Richardson, grand acteur shakespearien (on n’en sort pas) et l’un des fondateurs de la Royal Shakespeare Company. Son fin sourire assassin, son regard d’acier et sa diction d’une suavité délectable confèrent à Urquhart une sorte de grandeur dans l’abomination. On ne se lasse pas de l’entendre répéter aux médias, lorsqu’il ne veut ni soutenir ni démentir une allégation : « You might very well think that ; I couldn’t possibly comment. » Phrase qui, paraît-il, est passée en proverbe outre-Manche.

Pour la petite histoire, le premier épisode de House of Cards fut diffusé à la BBC le 18 novembre 1990, soit quatre jours avant l’annonce officielle du retrait de Thatcher. Compte tenu des délais d’écriture et de tournage, les scénaristes avaient donc anticipé de plusieurs mois ce départ. Ce côté réalité qui rejoint la fiction en direct produisit son petit effet sur les spectateurs de l’époque, qui trouvèrent dans la série un écho troublant à la situation politique du moment.

Ajoutons qu’au début du troisième volet, on érige un monument à la mémoire de feue (!) Mrs Thatcher, monument dont chacun s’accorde à mots couverts à reconnaître que c’est une horreur qui défigurera le parc où il sera dressé. Au risque de répéter un poncif, ce n’est pas demain la veille qu’on verra cela dans une série hexagonale.

House of Cards. Coffret BBC de trois DVD double-faces. Sous-titres anglais.


Dimanche 24 janvier 2010 | Choses anglaises, Dans les mirettes | 2 commentaires


Librairies du monde 2


Shipley, 70 Charing Cross, Londres. Photos Jelens.