Rentrée

Cinq cent vingt-quatre romans seront déversés cet automne sur les tables des librairies. L’emploi l’un pour l’autre des mots « écrivain » et « romancier », fréquent jusque sur les ondes de chaînes culturelles bien connues, les équivalences « littérature = roman (et rien d’autre) », « écrivain = romancier (et rien d’autre) » sont somme toute des événements récents dans l’histoire de la littérature. Ils ont de quoi agacer un brin. Je repense souvent à cette phrase de Michel Deguy dans le Comité, s’énervant contre l’avalanche des romans-de-la-rentrée : « Le roman français fait oublier la prose française. » C’est un fait.

On pourrait, presque sans provocation, composer une histoire de la littérature française (hors poésie) qui ne compterait aucun roman. On y trouverait les essais de Montaigne, les mémoires du cardinal de Retz, les caractères de La Bruyère, les lettres de Mme de Sévigné, les mémoires de Saint-Simon, les maximes et portraits de Chamfort, Monsieur Nicolas de Restif de la Bretonne, les salons de Diderot, les écrits autobiographiques de Stendhal, les Choses vues de Hugo, les écrits esthétiques de Baudelaire, la correspondance de Flaubert, les proses de Marcel Schwob, la correspondance de Pierre Louÿs, les Noctambulismes de Tinan, les Spéculations de Jarry, les nouvelles en trois lignes de Fénéon, Équipée de Segalen, les promenades de Fargue, les mélanges de Larbaud, les essais de Valéry, les récits, les chroniques et le Journal de Léautaud, les souvenirs de Colette et de Cocteau, Nadja de Breton et tant d’autres de ses proses, les carnets et les Lettrines de Gracq, la Règle du jeu de Leiris, les essais de Paulhan et de Mandiargues, les chroniques de Vialatte et de Calet, les feuilletons de Bernard Frank, les promenades de Jacques Réda, le Panégyrique de Guy Debord… J’en passe et j’en oublie. Je donne la Princesse de Clèves contre les Souvenirs de Mme de Caylus. Les romans de Montherlant ont toute chance d’être illisibles (je n’irai pas vérifier) tandis que ses carnets sont une excellente surprise.

Parmi les écrivains français contemporains, j’apprécie les essais et les essais-récits de Patrick Mauriès, les « tentatives d’épuisement » de Thomas Clerc (Petit Musée du XXIe siècle, Intérieur), les essais de Didier Blonde (ses excellents romans, Faire le mort et le Figurant, m’intéressent dans la mesure même où l’affabulation s’y greffe sur des faits authentiques d’une manière qui les rend inclassables). Je préfère les « non-fictions » d’Emmanuel Carrère à ses fictions. Les récits et reportages à la première personne de Jean Rolin sont globalement supérieurs à ses romans. La trilogie biographique de Jean Echenoz (Courir, Des éclairs et surtout Ravel) est meilleure que ses romans-romans récents. Les romans d’Alain Fleischer me tombent des mains (je m’en excuse) mais le Carnet d’adresses est une merveille. Les romans de Jacques Roubaud ne m’excitent guère (j’en suis navré) mais la singulière entreprise autobiographique du Grand Incendie de Londres est captivante. Et ainsi de suite. N’est-ce pas dans les écrits « hors genre » qu’il faut trouver le meilleur de la littérature française ? Les grands romans français, au fond, ne sont-ils pas de magnifiques exceptions ?


Lundi 26 août 2019 | Actuelles | 2 commentaires


Rentrée


Livres Hebdo, 28 août 2018

 

On évalue à cent millions le nombre de livres pilonnés chaque année en France. Si le pilon disparaissait pendant un demi-siècle, cinq milliards de livres supplémentaires obstrueraient l’espace français. Et l’espace mondial, pendant le même temps ? Quel serait sur lui l’effet d’une centaine de milliards de livres ? Cette perspective asphyxiante me rend le pilonnage sympathique, y compris celui de mes livres.

Jean-Pierre Issenhuth, Chemin de sable. Carnet 2007-2009.
Fides, 2010.


Samedi 1 septembre 2018 | Actuelles, Grappilles | Aucun commentaire


Le 30 mai


Vendredi 27 mai 2016 | Actuelles | 2 commentaires


La vie est ailleurs

30 mai 2016 | Le Port de tête | de 18 heures à 20 h 30

Lancement de

Nouvelles de l’autre vie, de Thierry Horguelin

Mèche, de Sébastien B. Gagnon

publiés à l’enseigne de L’Oie de Cravan

À la clarinette : Jean-Yves Laporte
À la guitare : Stéphane Truchon (Travelling Headcase)

Librairie Le Port de tête
262, av. du Mont-Royal Est
Montréal

En librairie au Québec : le 31 mai 2016 (distribution : Dimédia).

Par la suite au
Marché de la poésie de Paris
Place Saint-Sulpice
75006 Paris
Stand no 608
Du 8 au 12 juin 2016

En librairie en France et en Belgique : automne 2016 (date à préciser ; distribution : Belles Lettres).


Lundi 9 mai 2016 | Actuelles | 1 commentaire


Réal La Rochelle

Grande tristesse d’apprendre la mort de mon ancien collègue de 24 images Réal La Rochelle. Je ne l’avais plus croisé depuis une bonne vingtaine d’années, mais conserve le souvenir très vif d’un homme chaleureux et passionné, merveilleux de finesse, d’intelligence et d’humour, toujours généreux dans l’échange.

Fondateur de la Phonothèque québécoise et du musée du Son de Montréal, il était l’auteur d’essais sur Denys Arcand, Maria Callas, Leonard Bernstein, le film-opéra, le son et la musique au cinéma. Il s’y montre un pionnier de l’histoire croisée des médias, étudiant par exemple la construction du mythe de Callas dans ses liens avec l’industrie du disque ou le rôle du cinéma, de la radio et de la télévision dans la diffusion de l’opéra et de la musique classique. Outre des dizaines d’articles, on lui doit un passionnant entretien radiophonique avec Alain Resnais sur la comédie musicale, retranscrit dans Positif de juillet-août 1997.




L’alphabétisation en marche

24 septembre | Libralire | 19 heures

Rencontre autour d’Alphabétiques

Librairie Libralire
116 rue Saint-Maur
F-75011 Paris


Vendredi 18 septembre 2015 | Actuelles | 1 commentaire


Rentrée

Le nouveau est un de ces poisons excitants qui finissent par être plus nécessaires que toute nourriture ; dont il faut, une fois qu’ils sont maîtres de nous, toujours augmenter la dose et la rendre mortelle à peine de mort.
Il est étrange de s’attacher ainsi à la partie la plus périssable des choses, qui est exactement leur qualité d’être neuves.
[…]
Le goût exclusif de la nouveauté marque une dégénérescence de l’esprit critique, car rien n’est plus facile que de juger de la nouveauté d’un ouvrage.

Paul Valéry, Choses tues (1930),
repris dans Tel Quel I (1941)

Notre coup de cœur de la rentrée : Trois Tristes Tigres de Guillermo Cabrera Infante (1965, traduction d’Albert Bensoussan avec la collaboration de l’auteur, Gallimard, 1970). La quatrième de couverture (ci-dessous) propose une véritable analyse qui nous dispense d’un long commentaire sur ce livre foisonnant, polyphonique et jubilatoire. On espère voir un jour l’adaptation qu’en tira Raoul Ruiz en 1968, entreprise impossible — mais rien n’était impossible à l’homme qui s’attaquera trente ans plus tard au Temps retrouvé.



Mardi 1 septembre 2015 | Actuelles, Grappilles | 1 commentaire