Merveilleux objets inutiles

Mesdames et messieurs, le chauffe-cuiller. Pour réchauffer légèrement les cuillers à dessert lorsque vous servez une glace à la fin du repas.




Bargain Hunt (BBC1, 13 avril 2020)




La clé du succès

Ce n’était pas chose facile d’arriver à faire son chemin dans le monde des lettres, et je craignais pour ma part de ne savoir écrire ni assez bien ni assez mal pour rencontrer le succès.

Ernest William Hornung, Un cambrioleur amateur
(The Amateur Cracksman, 1899).
Traduction d’Henry Evie revue par J.-F. Amsel.
Omnibus, 2007.




La robe éphémère

Dans son désir de se présenter comme le couturier de la jeunesse et de la fraîcheur, [Jacques Fath] fila tout au long de sa carrière la métaphore des « jeunes filles en fleur », plaçant au cœur de sa création la thématique florale (il présenta en 1950 une collection « Lys » et donna à celle de 1953 des tonalités végétales). Comme il laissait toute latitude à François Lesage, ce dernier imagina pour lui aussi bien des brins de fougère en perles de verre teintées que des feuillages de crin brodés sur un fond de tulle. Il alla même, rapporte White, jusqu’à concevoir pour l’un des bals somptueux où Fath brillait avec sa femme Geneviève une robe éphémère : composée de brin d’asparagus, relevés d’éclats de strass entre deux épaisseurs de tulle, elle devait être vaporisée toutes les deux heures de façon à conserver sa fraîcheur au végétal.

Patrick Mauriès, Lesage brodeur, Thames & Hudson, 2020.


Lundi 6 avril 2020 | Grappilles | Aucun commentaire


Vous n’y échapperez pas

Je trouve étrange l’idée présentement répandue qui voudrait qu’en période de claustration on lise ou relise la Peste ou l’Amour aux temps du choléra, qu’on regarde Panic Room ou des films de prison. Il me semble qu’une réaction saine est plutôt de se dire : « N’importe quoi mais pas ça. »

Mais est-ce seulement possible ? Ce matin, je termine la lecture du livre d’Adrian Tinniswood sur la vie quotidienne dans les maisons de campagne anglaises entre les deux guerres. Page 366, on apprend que le 16 juin 1939,

The government distributed 15 millions leaflets to households all over the country – “Your Gas Mask: How to Keep and Use it.”

Gasp. Vite, j’ouvre un roman policier d’Elizabeth George. Premières phrases :

Ce fut le manque de savoir-vivre porté à son comble. Les yeux dans ceux de sa voisine, il lui lâcha un éternuement gras et sonore en pleine figure.

Je jure que je n’invente rien.


Samedi 4 avril 2020 | Grappilles | 1 commentaire


Le mot et la chose. Naissance du weekend

Most country-house parties were weekend affairs. Born out of a burgeoning railway network – there was after all no point in going away for a weekend if you spent the entire weekend travelling to where you wanted to be – and helped along by the rise in car ownership, the very word “weekend” had only just joined the lexicon of leisure. A contributor to Notes and Queries at the end of the nineteenth century wrote that in Staffordshire, “if a person leaves home at the end of the week’s work to spend the evening of Saturday and the following Sunday with friends at a distance, he is said to be spending his week-end at So-and-so”. Was this usage confined to Staffordshire, he asked?

By the 1920s the country-house weekend was an institution, although in polite circles it still wasn’t actually called a weekend. The accepted phrase was “Saturday-to-Monday”. The Duchess of Buccleuch recalled that it was “awfully non-U to call them weekends. I remember being surprised that anyone should use the term.” The phrase also distinguished the leisured classes from those who had to be at work first thing on Monday morning, and for whom a weekend began on Saturday afternoon and ended on Sunday evening. People invited you “for a Saturday to Monday and that was precisely what they meant”, said Loelia Ponsoby. “It would have been very rude to leave on Sunday night.”

Adrian Tinniswood, The Long Weekend.
Life in the English Country House Between the Wars
.
Jonathan Cape, 2016.



Downton Abbey
(Merci à D.M. de m’avoir rappelé cette scène.)


Mardi 31 mars 2020 | Grappilles | Aucun commentaire


Confinement


Sir Albert Richardson (1880-1964)

The architect Sir Albert Richardson refused to have electricity or any modern conveniences at Avenue House, the Georgian house at Ampthill in Bedfordshire that he bought in 1919 and made his home for the next forty-five years, preferring candles and lamps and immersing himself in the past. He was also fond of dressing up in Georgian costume around the house.

Adrian Tinniswood, The Long Weekend.
Life in the English Country House Between the Wars
.
Jonathan Cape, 2016.




Avenue House


Dimanche 22 mars 2020 | Choses anglaises, Grappilles | Aucun commentaire


Excès de zèle

Une amie réviseuse m’apprend l’existence du thriller politique Official Secrets (Gavin Hood, 2019). Allergiques aux spoilers, n’allez pas plus loin. Dans ce film, m’écrit-elle,

la presse britannique dévoile un mémo américain pré-guerre d’Irak, témoignant de l’ingérence américaine dans les affaires britanniques. Un valeureux journaliste d’investigation parvient à convaincre son média pourtant pro-gouvernement de publier le mémo fuité, après de longues discussions, rencontres dans des parkings, portes claquées et coups de fil à des avocats. Mais l’authenticité du document est mise en doute : il est rédigé en orthographe anglaise et non américaine, ce ne peut donc être un mémo américain, c’est un faux. En réalité, c’est évidemment la secrétaire de rédaction qui a corrigé le document, transformant soigneusement les finales américaines en zation en leurs sœurs britanniques en sation.

On connaissait des récits d’espionnage reposant sur une tragique erreur d’interprétation. Ainsi, dans The Quiet American, si ma mémoire est bonne, l’ambiguïté du mot plastic (matière plastique ou explosif), mentionné dans un télégramme intercepté par la CIA, aura des conséquences fatales. Mais un thriller reposant sur une particularité orthographique et l’excès de zèle d’une secrétaire de rédaction, ce doit être un cas unique dans l’histoire du cinéma.

Tout réviseur bien né, que la moindre faute d’orthotypographie fait frémir (une capitale non accentuée, une insécable oubliée, un trait d’union en place d’un tiret cadratin), comprendra sans peine le réflexe professionnel de ce personnage. Et l’on rangera, sous bénéfice d’inventaire, Official Secrets à côté des Ingratitudes de l’amour de Barbara Pym : rares fictions mettant en exergue l’importance méconnue de ces travailleurs de l’ombre (souvent des travailleuses) du monde de la presse et de l’édition que sont les secrétaires de rédaction, les relecteurs d’épreuves et les compilateurs d’index.


Mercredi 11 mars 2020 | Dans les mirettes, Grappilles | 1 commentaire