Expérience métaphysique

Manger à 22 heures dans un fast food de la lugubre gare de Bruxelles-Nord parce qu’on a raté son train, qu’on a la dalle et que c’est la seule cantine ouverte, en lisant un roman de Camilleri où Montalbano se goinfre de poisson frais du jour dans sa trattoria préférée.


Jeudi 8 octobre 2015 | Broutilles | Aucun commentaire


Voilà

Hier matin, conférence de presse. Comme on s’ennuie poliment, on se met à tenir des statistiques. C’est amusant et ça fait passer le temps. Les conférences de presse sont un observatoire privilégié des tics de langage et de leur mode fluctuante. Au terme de nos observations, nous pouvons confirmer l’essor spectaculaire de voilà, employé à tout bout de champ pour introduire, ponctuer ou conclure tout type d’énoncé ou remédier aux pannes d’inspiration. En deux heures de laïus, ce nouveau champion tout usage fut prononcé pas moins de trente-neuf fois par les divers intervenants. Le mot caracole loin devant effectivement (vingt-cinq occurrences) et bien sûr (quatorze occurrences). Suivant ce trio de tête, notre vieil ami quelque part se maintient en position honorable (prononcé neuf fois), devant le peloton serré d’en tout cas (sept mentions), justement et bien entendu (six occurrences), évidemment (cinq mentions) et en fait (prononcé quatre fois). On notera l’effondrement de je veux dire, naguère grand favori (une seule occurrence). Le citoyen a toujours la cote (espace citoyen, changement citoyen, etc.). Enfin, il est devenu ringard de réfléchir à quelque chose. On réfléchit sur, c’est beaucoup plus chic.


Mercredi 9 septembre 2015 | Broutilles | 5 commentaires


Les progrès du progrès

Dans l’autobus 4, ma voisine papote au téléphone. Une sonnerie assourdie résonne au fond de son sac. « Attends, je te rappelle », fait-elle à son interlocutrice, tout en sortant dudit sac un deuxième téléphone portable. « T’es où ? », et d’entamer une nouvelle conversation, en même temps qu’elle compose un sms sur le premier appareil.


Mardi 26 juin 2007 | Broutilles | 2 commentaires


Doppelgänger

Relecture des épreuves du Carnet et les Instants. La bibliographie m’apprend que ma camarade mandrillienne Caroline Lamarche vient d’être traduite en letton et que son nom est devenu dans cette langue Karolina Lamarša. Je me prends à imaginer que la traduction a donné vie à ce double exotique, et que tandis que Caroline boit son thé à Liège, Karolina se promène à Riga au bord de la Baltique, le regard lointain, coiffée d’une toque en fourrure. Peut-être, la nuit, rêvent-elles l’une de l’autre.


Lundi 20 novembre 2006 | Broutilles | Aucun commentaire


Ronde infernale

Avez-vous déjà été réveillé par un mot ? Ce matin vers cinq heures, le mot bougnat s’est invité dans mon sommeil avec sa pelle à charbon. Aussitôt, il s’est acoquiné avec des expressions toutes faites vêtues de robes de collégiennes, qui se sont mises à faire la ronde en scandant : Prenez garde au bougnatTouchez pas au bougnatLe bougnat vous salue bien — « Bougnat, apporte-nous du vin / Celui des noces et des festins », etc. Ça y est, ce salopard m’a réveillé. Et il m’a vissé la chanson de Brel dans la tête. Et puis d’abord, pourquoi bougnat ? Je n’ai jamais aimé ce mot.


Mercredi 26 avril 2006 | Broutilles | Aucun commentaire