Apéritif

Ce soir, apéritif. Une dame de notre compagnie qui n’a pas l’habitude des « anis coloniaux » bien tassés et qui a bu distraitement ce qui lui est offert, tombe comme une masse et dort pendant douze heures.

Paul Morand, Paris-Tombouctou.
Flammarion, 1928.


Lundi 10 septembre 2018 | Le coin du Captain Cap | Aucun commentaire


Comment boire son cognac

Le majordome dit :
— Voici Mr Carmady, mon général.
Le vieil homme me fixa un instant du regard, puis il lança d’une voix âpre et sèche :
— Une chaise pour Mr Carmady.
Le majordome approcha un fauteuil en rotin et je m’assis. Je posai mon chapeau par terre. Le majordome le ramassa.
— Cognac, dit le général. Comment aimez-vous votre cognac, monsieur?
— De n’importe quelle façon, répondis-je.
Il poussa un petit grognement. Le majordome se retira. Le général me regarda sans cligner des yeux, puis il grogna encore.
— Je prends toujours du champagne avec le mien, dit-il. Un tiers de verre de cognac sous le champagne, et du champagne aussi froid que Valley Forge. Encore plus froid, si c’est possible.

Raymond Chandler, le Rideau.
(The Curtain, 1936)
Traduction de Patrick Dusoulier.

[On sait que Chandler, peinant à imaginer des intrigues, « cannibalisa », suivant son mot, ses nouvelles pour en tirer la matière de ses romans. C’est ainsi que l’intrigue du Grand Sommeil mixe celles de deux nouvelles parues antérieurement dans le pulp magazine Black Mask, « le Rideau » et « Un tueur sous la pluie » ; d’où son caractère enchevêtré et lacunaire.
D’où aussi l’anecdote fameuse, peut-être enjolivée par Howard Hawks selon son habitude. Sur le tournage du Grand Sommeil, Bogart demanda à Hawks qui était le meurtrier d’Owen Taylor. Hawks admit qu’il n’en avait aucune idée, s’enquit auprès de ses scénaristes Leigh Brackett et William Faulkner qui avouèrent à leur tour leur ignorance. On télégraphia à Chandler qui répondit qu’il n’en savait rien non plus.
Au demeurant, cette lacune concourt à donner au roman comme au film un caractère presque onirique. Le privé avance à tâtons dans la nuit comme dans un mauvais rêve.
Il est intéressant de lire « le Rideau » et « Un tueur sous la pluie » à la lumière du Grand Sommeil pour voir comment procédait Chandler. Dans « Un tueur sous la pluie », une jeune femme incontrôlable, ayant posé pour des photos érotiques, est victime d’un chantage. Dans « le Rideau », Mrs O’Mara, la fille du général, a un fils également incontrôlable, pour de tout autres raisons. L’intrigue du Grand Sommeil superpose ces deux éléments en faisant du fils de Mrs O’Mara (devenue Mrs Regan) sa sœur. Elle procède ailleurs à d’autres déplacements et condensations de personnages.
Le mixage des intrigues est impeccable dans le Grand Sommeil. Il est moins réussi dans la Dame du lac, où les coutures entres les trois intrigues sources (tirées des nouvelles « Bay City Blues », « la Dame du lac » et « la Paix des cimes ») sont plus apparentes.]


Samedi 28 juillet 2018 | Le coin du Captain Cap | Aucun commentaire


Tiédeur et gel

[Elizabeth David et son mari Anthony] prirent l’incroyable train de montagne pour Darjeeling. Ils descendirent à leur hôtel et, tout étourdis par le voyage et l’altitude, se rendirent au bar où Tony commanda deux dry-martinis. Le barman fit l’habituel numéro de virtuose du shaker mais avoua à Tony qu’il n’y avait pas de glaçons : le réfrigérateur de l’hôtel était en panne. Elizabeth n’oublierait jamais ce dry-martini tiède, qu’ils burent en contemplant un paysage de neiges éternelles : les sommets glacés de l’Himalaya.

Artemis Cooper, Writing at the Kitchen Table.
The Authorized Biography of Elizabeth David
.
Michael Joseph, 1999.


Mercredi 30 mai 2018 | Le coin du Captain Cap | Aucun commentaire


Combinatoire

Le plus grand bar à gin de Londres ouvrira lundi à Holborn, nous apprend le Londonist. Il n’y aurait aucune raison de le signaler ici, n’était que la conclusion perecquienne de l’article nous a beaucoup plu, la rédactrice Helen Graves ayant calculé que le nombre de gins et de tonic waters disponibles pourra donner lieu à 14 035 combinaisons. Tentative d’épuisement d’un bar à gin anglais !




La bonne dose

Jake, qui est à la fois plus sportif et plus hédoniste que moi, m’a appris ce qu’on dit au sujet des martinis : « Un, c’est parfait. Deux, c’est trop. Et trois, ce n’est pas assez. »

Julian Barnes, Pulsations.
Traduction de Jean-Pierre Aoustin.
Mercure de France, 2011.


Samedi 22 août 2015 | Le coin du Captain Cap | Aucun commentaire


Harry’s Bar

Entre ceux qui se faisaient remarquer par leur mutisme, je signalerai spécialement notre brave ami, l’Américain Harry Covayre.
Harry Covayre employait, pour le moment, toute son énergie à se confectionner des grogs au wiskey, compositions où il entrait relativement peu de sucre et, pour ainsi dire, presque pas d’eau.

Alphonse Allais, Vive la vie !


Mercredi 31 décembre 2014 | Le coin du Captain Cap | Aucun commentaire


Compensation

— Que voulez-vous boire ?
— Moi, tu connais mes vices. Whisky-Vichy. Ça te dit, Frédéric ?
— Ah oui, tiens, c’est… c’est amusant. Jamais goûté.
— Une idée à moi. Le whisky n’est pas idéal pour le foie. Alors je compense avec du Vichy.

Luc Dellisse, Foudre. Éditions nocturnes, 1989.


Lundi 25 novembre 2013 | Le coin du Captain Cap | Aucun commentaire