Voilà

Hier matin, conférence de presse. Comme on s’ennuie poliment, on se met à tenir des statistiques. C’est amusant et ça fait passer le temps. Les conférences de presse sont un observatoire privilégié des tics de langage et de leur mode fluctuante. Au terme de nos observations, nous pouvons confirmer l’essor spectaculaire de voilà, employé à tout bout de champ pour introduire, ponctuer ou conclure tout type d’énoncé ou remédier aux pannes d’inspiration. En deux heures de laïus, ce nouveau champion tout usage fut prononcé pas moins de trente-neuf fois par les divers intervenants. Le mot caracole loin devant effectivement (vingt-cinq occurrences) et bien sûr (quatorze occurrences). Suivant ce trio de tête, notre vieil ami quelque part se maintient en position honorable (prononcé neuf fois), devant le peloton serré d’en tout cas (sept mentions), justement et bien entendu (six occurrences), évidemment (cinq mentions) et en fait (prononcé quatre fois). On notera l’effondrement de je veux dire, naguère grand favori (une seule occurrence). Le citoyen a toujours la cote (espace citoyen, changement citoyen, etc.). Enfin, il est devenu ringard de réfléchir à quelque chose. On réfléchit sur, c’est beaucoup plus chic.


Mercredi 9 septembre 2015 | Broutilles |

4 commentaires
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C’est vrai qu’au jour d’aujourd’hui, quelque part, on voye bien qu’un espèce de vivre ensemble manque à l’appel, quoi.

E.

Commentaire par ELias_ 09.18.15 @ 1:40

Heureusement, les indicateurs seront remis à plat à l’horizon 2020. D’ici là, la balle est définitivement dans le camp des partenaires sociaux.

Commentaire par th 10.06.15 @ 3:42

Frédéric Pommier, sur France Inter, s’était fait une spécialité de souligner avec humour ces tics de paroles très répandus dans les media d’abord, puis dans le langage de beaucoup de gens. Cf. son recueil de billets, “L’assassin court toujours et autres expressions insoutenables”.
Récemment j’entends beaucoup “impacter”, “voilà quoi”. Et récemment deux jeunes au boulots m’ont soutenu que le verbe “prioriser” existait bien. Ils n’en démordaient pas.

Commentaire par Sylvain J. 10.29.15 @ 10:55

Pas un seul “du coup” ? Stupéfiant.
Dans Fargo, saison 2, version 1979, c’est “Well, then”, ou “Ok, then”.
Mais c’est voulu par les scénaristes.

Commentaire par charles tatum 11.07.15 @ 11:40



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