Typographie des villes (46) : Yasujiro Ozu

Il y a beaucoup d’enseignes dans le cinéma d’Ozu. Enseignes où voisinent le japonais et l’anglais. Enseignes de boutiques, de cafés, de bars, de restaurants – on sait l’importance de la nourriture et de la boisson dans ses films. Elles occupent plusieurs fonctions : fonction narrative élémentaire (situer le lieu de l’action) ; fonction qu’on pourrait dire musicale de ponctuation entre les séquences ; indice enfin, parmi d’autres, de l’occidentalisation du décor urbain après la Deuxième Guerre mondiale, que les films d’Ozu enregistrent en même temps que les transformations de la société japonaise.

Certaines de ces enseignes participent au système de « thèmes et variations » du cinéaste. À l’instar des comédiens, des rituels domestiques et sociaux – repas, coucher, visites de voisinage, mariages, enterrements –, des situations dramatiques, de certains plans d’objets, elles reviennent d’un film à l’autre, à la manière d’un motif musical, justement.








Fleurs d’équinoxe (1958)





Bonjour (1959)








Fin d’automne (1960)



Dernier Caprice (1961)









Le Goût du saké (1962)

À propos du décor urbain, j’ai toujours été frappé par une convergence inattendue entre Ozu et Tati, celui de Mon oncle et de Playtime. Il est à peu près certain que chacun ignorait jusqu’à l’existence de l’autre ; mais tous deux ont saisi admirablement, à la même époque, la modernisation du paysage urbain, avec une parenté frappante dans l’appréhension de l’espace.



Fleurs d’équinoxe





Bonjour





Fin d’automne






Le Goût du saké


Dimanche 15 octobre 2017 | Dans les mirettes, Typomanie |

4 commentaires
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C’est pas faux, cette parenté avec Tati. Peut-être aussi par cette patine identique des procédés couleurs utilisés par les deux cinéastes, qui ajoute à la sensation d’extérieurs de studio (même s’il y a certainement beaucoup de décors urbains authentiques, je suis toujours frappé par cette impression de “fabriqué” dans le Ozu de cette période).

E.

Commentaire par ELias_ 10.18.17 @ 10:31

La couleur des pellicules de l’époque y est sûrement pour quelque chose, en effet. Et les extérieurs d’Ozu sont manifestement un mélange d’extérieurs réels et de studio. Je pense que tous les piétonniers à bars et à restaurants sont des décors de studio, vu la manière dont les enseignes (Luna, Coffee Bow, VAN) reviennent dans des rues différentes, comme si les décorateurs n’avaient à leur disposition qu’un nombre limité d’éléments de décor qu’ils permutaient d’un film à l’autre (d’où la sensation de préfabriqué).
En outre, tous ces piétonniers sont fermés à l’arrière-plan par un mur, ce qui leur donne l’aspect de « petites boîtes », au même titre que les bureaux et les appartements cloisonnés entre lesquels évoluent les personnages. Bref, ces extérieurs sont traités comme des intérieurs, des lieux clos. Je ne sais s’il faut y voir une métaphore de l’enfermement des personnages dans des rites sociaux très codifiés.
Pendant ce temps, Tati faisait construire une ville-studio à ciel ouvert pour Playtime

Commentaire par th 10.18.17 @ 11:47

C’est un des plus exquis essais que vous avez publié ici, surtout un d’aussi suggestive, très digne de son sujet, le paysage urbain tout entier, avec un certain effet onirique, ayant pour but d’intégrer tant d’émotions, un équinoxe d’automne; je pense avec tendresse que ces deux réalisateurs auraient aimé beaucoup votre essai, il se laisse lire/regarder. Mes voeux de bonheur.

Commentaire par Cristian C. 10.19.17 @ 11:00

Merci !

Commentaire par th 10.21.17 @ 8:34



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