La poésie ce matin (22)

Les recueils de poésie qu’on aime vous cueillent toujours par surprise. Ce ne sont jamais ceux qu’on attendait. Rien, quelle que soit ma sympathie pour Byron Coley, critique rock réputé, animateur du label Feeding Tube Records et accessoirement mon ancien confrère au Bathyscaphe, n’aurait dû m’attirer particulièrement vers Defense against Squares/Contre les caves. Et pourtant, dès les premières pages, ça a fait tilt, et j’ai aimé ces poèmes, qui sont plutôt des pages de journal ou des fragments de conversation familière découpés en vers. Coley y rend un hommage émouvant à ses amis disparus, partage ses émerveillements aussi bien que ses colères contre l’Amérique red neck et la bêtise à front de taureau. La musique est évidemment omniprésente dans ces pages, de Mingus à Captain Beefheart en passant par Lou Reed ; mais moins comme un « objet culturel » que comme une respiration essentielle, une manière de vivre et d’être au monde. Préface de Kim Gordon. Édition bilingue anglais-français, avec une excellente traduction de Marie Frankland et Benoît Chaput.

Byron Coley, Defense against Squares/Contre les caves, L’Oie de Cravan, 2017, 166 pages.


Dimanche 4 juin 2017 | La poésie ce matin | Aucun commentaire


La déesse Hermès


Retrouvailles émues avec ce monstre de dix kilos, aussi indestructible qu’un char d’assaut, le plus beau jouet de mon enfance. Les touches étaient d’une dureté pas possible, la dactylographie d’une page suffisait à se muscler les doigts. Une merveille d’ingénierie, aux finitions soignées dans le moindre détail, une robustesse à toute épreuve d’avant l’obsolescence planifiée. Fabrication suisse, évidemment.














Mardi 30 mai 2017 | Broutilles | Aucun commentaire


Chambres


Montréal, Hôtel Viger


Montréal, Hôtel A2K


Lundi 29 mai 2017 | Chambres | Aucun commentaire


Typo des villes (43) : enseignes fantômes









Liège


Mardi 23 mai 2017 | Typomanie | Aucun commentaire


Trouvailles

Ce petit choc au cœur quand tu tombes, enfin ! sur l’édition originale du Second Manifeste camp, le premier livre si étrange, insaisissable, de Patrick Mauriès. Petit traité écrit dans le sillage des Notes on Camp de Susan Sontag (laquelle, notoirement dépourvue d’humour, goûta fort peu l’hommage), très marqué par Roland Barthes et la théorie littéraire des années 1970, où l’on ne sait jamais bien où s’arrête le pastiche et où commence le sérieux, en quoi ce texte se montre, au fond, en plein accord avec son sujet. Le livre a été réédité en 2012 chez L’Éditeur singulier, avec une préface de Mauriès qui en éclaire la genèse et le contexte.

En bonus, un François Rivière, un Jean Rolin et une bio de Violet Trefusis.


Vendredi 19 mai 2017 | À la brocante | 1 commentaire


Dimanche en jazz

Rich Perry, saxo ténor natif de Cleveland, s’est d’abord fait connaître comme musicien de big band, notamment dans l’orchestre de Thad Jones et Mel Lewis et dans celui de Maria Schneider. Depuis 1993, sous la houlette du label SteepleChase, il mène une double carrière de leader (en trio et en quartet) et de sideman dans le groupe du pianiste Harold Danko. Figure discrète au style anti-démonstratif, c’est par excellence un musicien pour musiciens, menant sa barque avec une calme autorité, en construisant, session après session, un corpus discographique d’une belle cohérence.

Ses albums surgissant rarement chez les disquaires d’occasion, on a été heureux de tomber récemment sur Doxy (1998), excellente session exemplaire de sa manière. Au programme, une poignée de standards (How Deep Is the Ocean, You and the Night and the Music, The Wind and the Rain in Your Hair) et des compositions du répertoire moderne, signées Bill Evans (Blue in Green), Thelonious Monk (Think of One), John Coltrane (Your Lady) et Sonny Rollins (Doxy). Tour à tour granitique à la Joe Henderson et sinueux-insinuant comme Warne Marsh, Perry s’y confirme un improvisateur d’une grande finesse, capable de tenir dix minutes sur un standard sans banalité ni remplissage. Rien de surprenant ni de spectaculaire, mais une intelligence musicale en action dont le charme opère lentement mais sûrement pour peu qu’on lui prête une oreille attentive. À ses côtés, deux vétérans rompus à l’exercice, George Mraz à la contrebasse et Billy Hart à la batterie. Leur interaction est bien mise en valeur par une prise de son chaleureuse. On recommande aussi Beautiful Love (1994).


Dimanche 14 mai 2017 | Dans les oneilles | Aucun commentaire


Un pays comme les autres

Avant la guerre civile, la Pottibakie était un membre comme les autres du Comité des Nations. Elle érigeait des barrières douanières, violait des traités, persécutait des minorités, pratiquait l’obstruction lors des conférences, sauf lorsqu’elle était convaincue qu’aucune solution satisfaisante ne pouvait être atteinte. Elle mit ensuite toutes ses forces au service de la paix. Elle avait un soldat inconnu, une salve nationale, des timbres-poste commémoratifs, une paysannerie spécifique, des routes à grande circulation ; son emblème était un chien dans un jeu de quilles, son uniforme était gris-prune. En tous ces points, elle ressemblait beaucoup à ses voisins, et sa capitale pouvait facilement être confondue avec Bucarest ou Varsovie, erreur fréquente au demeurant. Son président (car c’était une république) était le Dr Boniface Schpiltz, le comte Waghaghren (car elle avait conservé son aristocratie) était chef de la police, quant à Mme Sonia Rodoconduco, elle était la maîtresse du Dr Schpiltz (car il n’était qu’un homme).

E. M. Forster, Quelle importance ? (Une moralité).
[Nouvelle écrite dans les années 1930.]
Traduction d’Anouk Neuhoff.
Bourgois, 1995.