Défi au complétisme

Pour Raminagrobis.

If you go to Anthony Braxton’s new tricentricfoundation.org web site, you can download two new Braxton House CDs every month. He’s such a valuable artist that we really need to hear all his recordings, because even if some fail, others are superlatively good and important. Trouble is: he reportedly has 300 albums issued so far. If we buy only two of his albums each month, it would take 13 years to get them all. In the meantime, at the rate of seven new albums a year, he will have released 93 additional albums, which would take another four years to acquire — a total of 17 years. Plus, in those four more years he will have released 28 more albums — and so on. Plus, seven new albums a year is surely an unrealistically conservative estimate. Besides, I’m counting on Braxton to keep playing until he is 120 years old. […]

John Litweiler, Point of Departure no 34, avril 2011.
Extrait d’une recension
de Trio and Quintet (Town Hall) 1972 (hatOLOGY)
et 6 Duos (Wesleyan) 2006 (Nessa)




Le troisième rayon

Messieurs Russel Ash et Brian Lake ne sont pas un tandem d’assassins sortis d’un livre de Thomas De Quincey ou de Marcel Schwob mais une paire de bibliomanes timbrés comme on les aime. De leurs moissons infatigables dans les brocantes, les charity shops et chez les bouquinistes, ils ont rapporté plusieurs milliers d’ouvrages plus improbables les uns que les autres. Bizarre Books. A Compendium of Classic Oddities distille la substantifique moelle de leurs folles trouvailles. Qu’on y picore à ses moments perdus ou qu’on l’épluche page après page — car cet inventaire engendre une accoutumance grave —, on y fera provision de titres à l’humour involontaire, que l’évolution de la langue a lestés de sous-entendus scabreux à l’insu de leur innocent auteur : Drummer Dick’s Discharge, Games You Can Play with your Pussy, Shag the Pony, Queer Chums, Erections on Allotments, The Nature and Tendancy of Balls, Seriously and Candidly Considered in Two Sermons, Cock Tugs, Scouts in Bondage, Invisible Dick, Two Men Came Together, etc.

On y arpentera tous les champs du savoir, de la botanique à la sexualité et des sciences appliquées à l’hygiène domestique en passant par la linguistique et le droit. On y croisera chemin faisant une procession ahurissante de théories fumeuses et de manuels dédiés aux matières les plus absurdes. On vérifiera par là que, quelque aberrant sujet que puisse concevoir l’esprit humain, il s’est trouvé un savant Cosinus, un inventeur en herbe ou un illuminé pour lui consacrer un ouvrage avec un sérieux imperturbable. Vous rêviez de maigrir par la prière ou de fabriquer un Stradivarius dans votre cuisine ? Quelqu’un y a pensé pour vous !

On constatera en somme qu’une simple nomenclature de titres de livres est susceptible de provoquer l’hilarité à toutes les pages. Merci à H, complice en choses anglaises, pour cet épatant cadeau.

Échantillon
Cancer : Is the Dog the Cause ?
The Biochemist’s Songbook
The Supernatural History of Worms
Understand Your Tortoise
How to Write While You Sleep
The Second-Hand Parrot : A Complete Pet-Owner’s Manual
Enjoy Your Chameleon
Enjoy Your Skunks
Pigs I Have Known
How to Eat A Peanut
What to Say When You Are Talking to Yourself
Ice Cream for Small Plants
External Genitalia of Japanese Females
The Thermodynamics of Pizza
Teach Yourself to Fly
The Romance of Proctology
Nuclear War : What’s in It for You
The Gas We Pass : the Story of Farts
The History of Cold Bathing
How to Get Fat
Castration : the Advantages and Disadvantages
How to Pick Up Women on Public Beaches
The Madam as Entrepreneur : Career Management in House Prostitution
A Handbook on Hanging
From Cleopatra to Christ. Arguing that the Former Was the Latter’s Mother
Becoming A Sensuous Catechist
Did the Virgin Mary Live and Die in England ?
Was Jesus Insane ?
Hell : Where Is It ?
Why Jesus Never Wrote a Book
Electricity and Christianity
Sex After Death
Do-It Yourself Coffins : for Pets and People
Phone Calls from the Dead
A Selected Bibliography of Snoring or Sonorous Breathing
A Compedium of the Bibliographical Literature on Deceased Entomologists
An Annotated Bibliography of Evaporation
Selective Bibliography of the Literature of Lubrication

Russel Ash et Brian LAKE, Bizarre Books. A Compendium of Classic Oddities. Harper Perrenial, 2007.




On tient un bon rhume

Affichiste, peintre et décorateur de théâtre, André François (1915-2005) a dessiné de nombreuses couvertures de magazines, de Vogue au Nouvel Observateur, et illustré Prévert, Vian et Jarry. Ses propres albums, les Larmes de crocodile, On vous l’a dit ?, Tom et Taby, ont marqué une date dans la conception du livre illustré pour enfants.

On se fera une idée agréable de son talent en acquérant ce petit volume réédité avec soin chez Robert Delpire. C’est l’un de ces livres qu’on vous offre — merci, BV — et qui donne aussitôt envie de l’offrir à son tour. Les Rhumes fut réalisé en 1966 pour une campagne publicitaire des laboratoires Beaufour ; mais André François n’a pas manqué de s’approprier la commande pour la faire tout à fait sienne.

L’origine du rhume se perd dans la nuit des temps. Cependant, contrairement à ses congénères préhistoriques — tels le mammouth, le chienoptère, l’aigle à thyroirs, le serpent thermogène, le strumf et la grenouille mangeuse de confitures —, l’espèce s’en est perpétuée jusqu’à nos jours. Comment faire se peut ? C’est qu’on a toujours appris aux enfants qu’il ne fallait pas attraper un rhume. D’où prolifération incontrôlable de cet animal laissé en liberté — une véritable épidémie. À partir de là, André François enchaîne les dessins avec la logique imparable du nonsense en prenant au pied de la lettre les expressions toutes faites, telles que rhume grave, tenir un bon rhume, rester au lit avec un rhume, etc. C’est tout simplement délectable.




André FRANÇOIS, les Rhumes, Robert Delpire, 2011.


Mardi 17 mai 2011 | Au fil des pages | Aucun commentaire


La place du mort


Vendredi 13 mai 2011 | À la brocante | Aucun commentaire


Les Huns envahissent Liège

Librairie Livre aux trésors
4, rue Sébastien-Laruelle
4000 Liège

Parmi les parutions récentes d’Attila, on recommande vivement le Rapetissement de Treehorn dont on a parlé ici, et Palabres d’Urbano Moacir Espedite, le livre fou qui nous a fait le plus jubiler cette année (ce ne sont pas des mots en l’air) et dont on espère trouver le temps de parler bientôt.

Éditions Attila




Fermeture

C’est avec stupeur et tristesse qu’on a découvert la fermeture de la librairie Posada: la caverne d’Ali Baba du livre d’art, un fonds d’une richesse inouïe enserré dans une maison étroite et tout en hauteur où le regard s’égarait jusqu’au vertige vers les étages supérieurs. Et un service hors du commun.

J’y suis entré un jour à la recherche d’un Mario Praz épuisé de longue date et tout à fait introuvable. Après avoir consulté sa base de données, le libraire m’a informé comme je m’en doutais que, malheureusement, il n’avait pas l’ouvrage en stock ; mais si je voulais bien laisser mes coordonnées, on ne manquerait pas de me prévenir si jamais…

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Et l’affaire m’était certes sortie de la mémoire lorsque, sept ans plus tard, un courriel de Posada m’est parvenu, disant en substance : « Monsieur, nous avons trouvé le livre que vous cherchiez. Merci de nous contacter si vous êtes toujours intéressé… » Ô combien que je l’étais ! On regrettera Posada.


Vendredi 6 mai 2011 | Le monde du livre | 4 commentaires


Déstockage

Les livres débordent de partout. Les piles croissent et se multiplient. On ne sait plus où les entasser, on met parfois deux jours à retrouver celui dont on a besoin — ça n’arrivait jamais avant —, signe que le seuil critique a depuis longtemps été dépassé. Au bout d’un an de tergiversations, on se résout à faire le tri. Le plus facile à liquider : les livres auxquels plus rien ne nous attache, pas même une valeur sentimentale qui nous les ferait conserver comme des fétiches en sachant pourtant qu’on ne les rouvrira plus ; les livres jamais lus dont la valeur résidait dans la seule nouveauté, ceux-là qui furent achetés avec un enthousiasme aussitôt retombé, avant d’être impitoyablement chassés de la table de chevet par de plus frais arrivages ; les pas vraiment désirés (services de presse non sollicités, cadeaux mal choisis, X a oublié qu’il m’avait offert ça, il y a prescription) ; des tombereaux de polars. Plus difficile : des paquets de Losfeld et de Pauvert, passionnément traqués des années durant, à l’époque où l’on ambitionnait de réunir la totalité de leur production ; ça nous a passé, malgré notre attachement intact pour ces deux éditeurs ; notre fièvre accumulatrice s’est orientée depuis vers de nouveaux secteurs, il y a des lustres qu’on n’a plus mis le nez là-dedans, ça prend vraiment trop de place, d’ailleurs on conservera la crème de leur catalogue ; mais tout de même, ça pince le cœur, c’est une part de soi qui s’en va, adieu mon cher passé, tout ça. Bref. On entasse le tout dans des cartons. Le pire, c’est que ça ne libère pas tant d’espace que ça. Les trous dans les rayonnages sont vite comblés, il traîne encore des satanés bouquins dans tous les coins puisque, n’est-ce pas, on ne cesse pas pour autant de faire des acquisitions. Rebref.

Un an plus tard encore, on se décide à faire venir un ami bouquiniste. Et voilà où je veux en venir. C’est une chose de voir partir ses chers trésors dans la voiture du libraire ; on s’était fait à l’idée, c’est presque une libération. C’en est une autre de les retrouver, quinze jours plus tard, disposés avec soin dans la vitrine dudit libraire, à nouveau désirables. Choc : « Eh, mais ce sont mes livres ! Exposés à la vue de tous ! Et d’autres vont mettre leurs sales pattes dessus ! » J’ai failli tout racheter.


Vendredi 6 mai 2011 | Monomanies | 5 commentaires